DANSER
24 heures chez Josette Baïz
Les 20 ans de Grenade

"La plupart des chorégraphes ont puisé dans l'âge d'or de leur répertoire pour un petit panorama des années 80-90 néoclassique, contemporain, abstrait et conceptuel. Véritable cadeau de Noël pour les jeunes danseurs, qui découvrent ainsi des écritures nouvelles.
Pour les spectacteurs, la soirée à tout d'un feu d'artifice, les pièces sont pétillantes et généreuses. Les jeunes danseurs, âgés de sept à treize ans, leur donnent des reflets très singuliers. Le public sera troublé dans ses identifications et ramené à sa propre enfance. Car confier une pièce à un jeune vient à transposer son sens. Les émotions véhiculées changent de nature, devenant aussi puissantes qu'inattendues. (...) Leur interprétation est rigoureuse et, dans certains cas, virtuose.

(...) Une identité métissée, faite de technique new-yorkaise et de perception des volumes façon Odile Duboc. Une technique qui a évolué au contact de ses danseurs métissés, désormais rebondie, toute en hanches, au rythme moelleux et sensuel inspiré de la danse arabe. Une danse qui ne refuse pas l'esthétique. Une technique parfois accentuée de rythmes et d'énergies puisés dans le hip-hop. Une danse poreuse, vivante, aux antipodes des pas fossilisés, à l'opposé des rituels. Une danse qui combat la sclérose."

Nicolas Six 

 

 

LA PROVENCE
Grenade a 20 ans et c'est tellement revigorant !

"Cela commence avec ce très moelleux et souple duo tiré de Codex de Philippe Découflé. Qui prend la forme d'une confrontation drôle et singulière entre le grand et le petit (la petite, en l'occurence - l'épatante Lisa Rapezzi du haut de ses 12 ans). La petite s'accroche comme une arapède à un grand qui fuit cette affection ostentatoire et pot-de-colle... Deux autres duos viennent plus tard répondre à cette pièce.

Celui, irrésistible, échappé du monde fantasque (et ô combien rafraîchissant) des lutins mutins de Mammame de Jean-Claude Gallotta. Une sorte de bagarre au ralenti, de duel de western fantasmé, où le costaud et le tout maigre s'affrontent dans le rire. Plus loin, une dernière confrontration: celle en ombres chinoises, du grand et de la petite, à nouveau sur une chorégraphie imaginée par Jean-Christophe Maillot. Et si cette fois, c'est l'enfant qui vainc, c'est au prix d'une danse que l'on sent ardue et complexe, derrière son apparente fluidité.

Surgit un animal. Ou bien est-ce un homme? Un peu des deux. Un très beau Faune, en tout cas, écrit par Michel Kelemenis qui en tire, sur l'incomparable partition de Debussy, une animalité plus sereine et majestueuse que brutale. Sérénité, encore et beauté confondante avec l'extrait de Vers Un Pays Sage de Jean Christophe Maillot. Elégante et limpide, aérienne et épurée ; faussement évidente, vraiment délicate, la pièce méritait d'être servie entre autres par les danseurs pros de la Compagnie. Et elle le fut bien.

Tout comme, un pétillant trio de minots, réussit à se tirer de la mécanique diabolique tissée par Angelin Preljocaj pour Marché Noir. Un extrait jubilatoire tout en saccades et en élipses musicales où les déplacements, au millimètre, tiennent du casse-tête chinois.

Enfin, vendredi (samedi c'est celle d'Abou Lagraa qui conclue la soirée), la pièce de Jérôme Bel, The Show must Go On, est venue jouer les épilogues de ce panorama de la création contemporaine. Déroutante, cette proposition. Sur trois morceaux - Let's Dance de Bowie, I like to Move It de Reel to Real et Every Breath you Take de The Police - le chorégraphe jongle avec l'immobilité (et la frustration qui en découle, donc) et un mouvement éffréné répété jusqu'à l'absurde, le trouble...Parce que là, en habits de ville, les danseurs embringués dans l'art (provoc et manipulateurs) de Bel nous tendent un miroir. Face à nous, ce reflet incisif nous renvoie à notre condition de prisonniers d'une inéluctable consommation de masse qui n'épargne en rien la culture."

Caroline Bonnefoy
 

LA MARSEILLAISE
La famille a vingt ans

"Qu'ils aient 10 ou 30 ans, ils frappent tous par leur sérieux, leur engagement, leur passion partagée pour la danse, leur cohésion autour de leur art, du groupe et de Josette, leur professionnalisme et leur enthousiasme. La maturation a été lente, progressive mais continue, surprenant les détracteurs qui ne voyaient encore il y a peu qu'une juxtaposition de styles, là où l'écriture contemporaine s'était épurée, qu'elle avait pris le pas sur le kaléidoscope des débuts, sans pour autant n'en rien renier."

Jean Barak

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